Dépression post-partum ou baby blues chez les papas :

Réalité méconnue mais bien présente

Comment faire pour en sortir ?

dépression du papa

Vous êtes un jeune papa.

Vous vous sentez fatigué, déprimé, angoissé, nerveux, irritable, exécrable voire agressif parfois, à fleur de peau, lassé. Vous ressentez un manque d’entrain et une perte d’appétit.  Vous vous énervez pour peu de chose. Vous avez des peurs irraisonnées. Vous éprouvez un fort sentiment de culpabilité.

Vous vous reconnaissez dans cette description, vous souffrez de dépression paternelle postnatale !

Vous n’êtes pas le seul à vivre cette période ! 

 

Selon une étude dirigée par Carlos Zubaran (Psychiatre consultant au West Sydney Area Health Service et professeur associé à la School of Medicine, University of Western Sydney), la dépression post-partum des papas touche jusqu’à 13% des hommes dans nos pays développés. Nous ne sommes donc pas en présence d’un épiphénomène.

Le pic de dépression se situe entre les 3 à 6 mois de l’enfant.

Une étude parue dans Pediatric (revue professionnelle américaine) souligne que les hommes qui deviennent pères aux alentours de 25 ans, ont 68% de risques supplémentaires de connaître cette forme de dépression que les jeunes pères de 36 ans et plus.

Sachez également que 50% des papas ayant une compagne souffrant de dépression postnatale, sont eux aussi touchés par une dépression paternelle.

 

Baby-blues et la dépression post-partum paternelle : c’est pareil ?

Tandis que le baby-blues dure une petite quinzaine de jours, la dépression post partum s’étale sur plusieurs semaines voire plusieurs mois. C’est une vrai dépression, on se sent triste, on se sent incapable, on n’a plus d’élan. Et chez les hommes ça produit cette irritabilité terrible avec le sentiment de ne pas répondre aux besoins de son bébé.

 

Qu’est-ce qui se joue lors de l’arrivée d’un enfant ?

Disons le : devenir père, c’est une révolution, c’est un bouleversement.

Durant la grossesse de nos compagnes, ce petit être qui grandit nous paraît abstrait. Il n’y a pas d’inscription dans nos chairs. Nos femmes connaissent déjà leurs bébés. Nous, en tant que papa, nous devons « rattraper » le train, et la naissance de notre premier enfant génère souvent un choc émotionnel, une remise en question face à nos nouvelles responsabilités. Certains d’entre nous craignons tout à coup de ne pas être à la hauteur pour les affronter.

Notre bébé désorganise le schéma familial et induit nécessairement un certain nombre de changements qui peuvent nous paraître difficile à gérer.

Pour certains d’entre nous, la naissance d’un enfant marque une rupture alors que c’est finalement une évolution par rapport à « sa vie d’avant ». Néanmoins, en tant qu’homme, nous avons besoin d’exister.

Un enfant c’est merveilleux mais il y a un mode d’emploi à chercher, à découvrir.

Devenir papa c’est une aventure magique mais cela bouleverse nos habitudes, notre vie à deux, à tel point que nous pouvons nous sentir déboussolés, désorientés, perdus.

 

Témoignages recueillis auprès de jeunes papas membres de la communauté e-bébé

 

Jules :  Père de deux enfants : Justine (3 ans et demi) et Louis (8 mois) habitant à Niort :quand papa déprime

« J’ai toujours rêvé d’être père, même avant de rencontrer ma femme.  Au bout de quatre ans de vie commune, nous avons décidé de franchir le pas. Je me sentais prêt. Pourtant, à la naissance de ma  fille, Justine, tout ne s’est pas passé comme prévu. Je ressentais des émotions contradictoires. En effet, il y avait d’un côté de la joie, du bonheur de l’avoir mais d’un autre côté de l’angoisse, de la peur.

Un rien devenait compliqué. Par exemple, lorsque je donnais le biberon à ma fille, j’angoissais quand elle ne le finissait pas. Si elle mettait plus de temps que d’habitude à boire son biberon, ça m’agaçait, je m’impatientais. Quand ma femme s’absentait même 30 minutes et que je me retrouvais tout seul avec mon enfant, j’angoissais. J’avais peur de ne pas savoir la consoler si elle se mettait à pleurer. »

 

Clément : Père de Noah (6 mois) habitant à Lyon :

« Je n’ai pas éprouvé de difficultés à parler  de mes angoisses, de mes sentiments à mon entourage. Cependant, mes mots n’ont pas toujours été bien reçus. Mes proches, ma famille, mes amis me disaient que ce n’est pas possible, concevable que tu sois triste, que tu sois déprimé, un enfant c’est de la joie. Alors au début, j’avais le sentiment d’être un martien car lorsque un bébé naît, en tant que papa, nous devons être heureux et point, il n’y a pas d’autre sentiment possible à ressentir que ce bonheur.

Et puis, en me renseignant sur internet, je me suis rendu compte que je n’étais pas le seul homme à vivre ce que je vivais, ça m’a soulagé. Après 2 mois de dépression, j’ai franchi le pas, je suis allé consulter mon médecin généraliste. Il a prêté une écoute bienveillante et m’a permis de prendre du recul sur moi, sur mon ressenti et m’a permis d’avancer et de sortir de cette impasse. »

 

Frédéric : Père de Gabriel (1 an) habitant à Rennes :

« Une fois ma compagne et mon fils sortis de la maternité, j’ai posé mon congé paternité. Au bout de quelques jours, je m’énervais très vite, je me mettais facilement en colère pour pas grand chose. J’avais l’impression de tout faire de travers et que je ne faisais pas comme il fallait même lorsque Gabriel était calme.

Je pense qu’inconsciemment, je voulais être un papa parfait. Je me suis mis une pression que j’ai eu du mal à gérer. »

 

Vincent : Père de Cyrielle (4 ans) et Gabin (2 ans) habitant à Nogent-sur-Marne :

« Ma fille est née prématurée, à 7 mois de grossesse. Je n’étais pas du tout préparé, prêt à ce qu’elle arrive si tôt. Pendant 1 mois, elle était sous couveuse avec des tuyaux. Je ne pouvais pas la prendre dans les bras. L’unité néonatalogie c’est un univers très aseptisé, très particulier. On est dans l’inconnu. Le lien avec ma fille ne s’est pas fait pendant cette période-là. J’allais la voir 2  fois par jour à la maternité, avant et après le travail. Je stressais, j’angoissais.

Lorsqu’au bout de 6 semaines, ma fille Cyrielle est rentrée dans notre foyer, ma fatigue s’est accrue, mon angoisse s’est accentuée, mon inquiétude a grandi.

En plus d’assurer au travail, il fallait aussi assurer le relais avec la maman qui a elle aussi déjà pas mal assumé.

Je ressentais de la frustration, j’avais honte de ne pas assuré tant vis-à-vis de ma femme que de mon enfant. Je sentais de la culpabilité en me disant que ce que je fais, c’est mal ».

 

Sébastien : Père de Léa (18 mois) habitant à Toulouse :

« Pendant les premiers mois, ma femme était très focalisée sur notre fille. Elle était au quotidien avec elle. Je rentrais de plus en plus tard du travail, une sorte de stratégie d’évitement. Je craignais d’être en famille, d’être face avec mon bébé. Quand je prenais ma fille dans les bras, elle pleurait beaucoup et je n’arrivais pas à la calmer. Il n’y avait que les bras de mon épouse qui la calmait, qui l’apaisait. J’étais même jaloux de ma femme. »

 

Pierre : Père de Hugo (9 mois) habitant à Bordeaux :

« Pendant la grossesse de ma femme, elle a essayé de m’impliquer en me mettant mes mains sur son ventre quand notre fils bougeait. A l’époque, je ne m’y intéressais pas plus que cela. Dans ma vie professionnelle, j’étais dans une impasse, je n’étais pas bien dans mon entreprise. Lorsque mon fils est né, il pleurait beaucoup, il dormait peu la nuit. La fatigue s’est accumulée, la pression au boulot s’est amplifiée contribuant à un manque de dialogue avec ma femme. J’essayais plutôt de résoudre ce problème professionnel que de m’investir dans la grossesse et puis dans l’arrivée de notre enfant.

J’ai mis 3 mois à sortir de la tête de l’eau. A un moment donné, il y a eu un ras-le-bol complet. j’ai décidé de quitter mon travail, de déménager d’appartement, de partir en vacances, de changer un peu de vie. J’avais besoin d’un nouveau départ tout en restant avec ma femme. J’ai dit il faut que notre couple redevienne aussi notre priorité, que je puisse également redécouvrir ma femme et que ma femme puisse aussi me laisser une place de père et aussi de mari. Nous nous sommes accordés du temps pur nous, des petits moments. Nous nous accordions des soirées bimensuelles en amoureux. J’avais besoin que mon épouse coupe le cordon avec notre fils. »

 

Fabien : Père de Lucas ( 8 mois) habitant Paris :

« J’ai eu un papa relativement distant. Mes parents ont divorcés lorsque j’étais adolescent. J’ai vécu la pression familiale. Mes parents n’ont jamais dit à leurs enfants qu’ils les aimaient et ils ne montraient pas de démonstration d’amour. Je craignais de reproduire ce schéma familial vis-à-vis de mon fils. Je me suis mis une trop forte pression.

Etre le papa parfait, c’est impossible. Pour m’en sortir, je me suis concentré sur l’amour que j’avais pour mon fils et pour ma femme.

J’ai décidé de participer à un groupe de paroles entre pères, ça m’a aidé à partager et entendre des expériences finalement assez similaires et de voir les parcours possibles pour surmonter cette dépression. »

 

Tous ces papas qui ont témoigné, sont sortis de leur dépression. Ils ont soit consulté un médecin, un psychologue, un professionnel de la périnatalité ou bien participé à un groupe de parole entre papas, ou pour d’autres tout simplement en parlant avec leur femme. Ils ont été et ont su aller chercher de l’aide. Ils sont désormais épanouis dans leur vie de couple et dans leur vie de famille.

 

Comment sortir de cette dépression ?baby blues du papa

  • Je n’ai pas honte de ce que je ressens ! Ce n’est pas parce que je suis fragile ces temps-ci que cela remet en cause ma virilité.
  • Veillez à garder le contact entre vous et votre enfant, même si ça vous parait difficile à surmonter. Des petites choses paraissant anodines, comme chauffer le biberon, préparer le bain, peuvent vous permettre de reprendre peu à peu confiance en vous. Essayez de vous occuper de votre bébé au maximum. Prenez confiance en vos capacités. vous allez assurer.
  • Ne renoncez pas à « votre vie d’avant ». Ne faites pas de croix sur les soirées restaurant, les soirées en amoureux ou avec des amis. Bien sûr, ça demande de l’organisation et ça ne peut pas être tous les jours mais de manière occasionnelle, par exemple, 2 à 3 fois par mois  voire plus si vous arrivez à faire garder votre bébé.
  • Si vous êtes sportif, continuez à vous entretenir. Courir permet de relâcher la pression, de s’oxygéner, de prendre un bol d’air et de faire le vide dans sa tête le temps du footing. Pour ceux sui n’étaient pas sportif avant, n’hésitez pas à marcher, à courir.
  • Évitez de ruminer tout seul dans votre coin. Trouvez une écoute bienveillante. Parlez-en.

Si la dépression persiste, nous vous conseillons de consulter un professionnel travaillant autour de la périnatalité ou un psychologue. 2 ou 3 séances peuvent suffire.

 

La dépression paternelle : Quelles conséquences pour l’enfant ?

Le docteur James Paulson (Professeur associé et psychologue clinicien au centre de recherche pédiatrique de la Eastern Virginia medical School), après ses études sur ce sujet, a mis en exergue que la dépression paternelle a une incidence sur le développement du langage chez l’enfant. Les papas déprimés lisent moins de livres, racontent moins d’histoires, chantent pas ou peu et parlent moins à leur enfant que les papas qui ne sont pas déprimés. Vers 2 ans, ces enfants ont un vocabulaire beaucoup moins développé, riche que les autres et sont plus timides à s’exprimer. Et cela sans distinction du niveau de revenu et d’éducation de la famille.

Selon Paulson, seule la dépression paternelle affecte le développement du langage de l’enfant alors que la dépression maternelle n’a pas d’incidence sur le langage.

Le Docteur Paul Ramchandani (département de psychiatrie à l’Université d’Oxford) va même plus loin.  Ses recherches ont permis de constater que les enfants de huit mois ayant un papa souffrant de dépression postnatale seraient deux fois plus susceptibles d’être eux-mêmes déprimés, en particulier les garçons. Selon lui, ces enfants, vers l’âge de 3 ans, développeraient des problèmes émotifs ou comportementaux (trouble de l’attention, hyperactivité, anxiété,…).

Après, rassurez-vous, tous ces enfants ne le deviennent pas mais il y a un facteur de risque plus élevé chez ces enfants que pour ceux qui ont un papa qui n’a pas connu de dépression postnatale.

 

Nous avons tous nos histoires, notre héritage familial. Nous avons tous nos idées de ce que devrait être un papa. Nous avons envie de faire mieux que son propre père. Cependant, nous vivons dans une société où les hommes sont très peu accompagnés. Il y a un manque d’information de ce qu’est un bébé, même si certaines maternités proposent des groupes de parole entre papas.

L’entretien prénatal (au 4ème mois de grossesse de votre femme) est important, aussi bien pour le père que pour la mère. Cet entretien, il est fait pour les deux parents et pas seulement la mère. Pendant leur grossesse, les femmes rencontrent une multitude de professionnels. Mais ces derniers devraient garder en tête que derrière cette femme, il y a un homme qui va devenir papa et qu’il ne faut pas l’oublier. Le papa, il a besoin qu’on s’occupe de lui, qu’on le rassure.

Rassurez-vous se poser des questions sur sa capacité à être père serait même un comportement sain et constructif !

 

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